Le processus de consultation des citoyens, identifié comme « portes ouvertes » gagne en popularité auprès des promoteurs, même pour des projets à risque social élevé. Cette approche a été utilisée récemment au Québec dans des projets tels qu’un méga site d’enfouissement à Bécancour, le pipeline Énergie Est de TransCanada et des projets de développement récréatifs ou maritimes au Port de Québec. Cette approche de consultation est aussi de plus en plus utilisée par des firmes d’ingénierie, d’environnement et de relations publiques pour informer et recueillir les perceptions des citoyens concernés sur les projets. Cette démarche prend plusieurs formes qu’on fera connaître au public par exemple avec les termes « journées de consultation citoyenne » ou « café rencontre »

Quelle est la pertinence de cette approche de consultation? Dans quels cas est-elle recommandée? De quelle façon doit-elle être mise en oeuvre? Voilà autant de questions auxquelles cet article veut réponde de la bonne utilisation et de l’efficacité de ce mécanisme.

À l’origine de cette approche, les journées portes ouvertes sont organisées par des entreprises pour offrir à leur voisinage et à leur communauté une possibilité de visite des lieux et d’information sur les activités qui s’y déroulent. Les visiteurs intéressés profitent de l’événement pour rencontrer les dirigeants et employés de l’entreprise et pour échanger avec eux de leurs préoccupations. Puis, graduellement l’approche a évolué, les promoteurs désirant y recourir pour ouvrir le dialogue avec les citoyens et les communautés, non pas à l’occasion d’une visite de site, mais dans le cadre d’un événement permettant aux personnes intéressées de s’informer sur des propositions de projets et d’exprimer leurs préoccupations sur ces projets. L’approche permet aussi à cette étape de présenter le promoteur, ses intentions, les esquisses des projets, les impacts anticipés et toute autre information pertinente susceptible d’intéresser les participants. Il s’agit aussi d’un bon moment pour répondre aux questions des visiteurs, pour recueillir leurs perceptions, pour faire connaître les moyens de communication à favoriser et sonder l’intérêt des participants à contribuer à une démarche participative.

Une démarche de participation

Toutefois, bien qu’elle soit un bon outil d’information à l’usage des entreprises en opération et des promoteurs de projets, l’approche des portes ouvertes doit demeurer un processus de consultation citoyenne, s’inscrivant dans une démarche de participation visant à associer les parties intéressées et les organismes de la communauté la conception, l’évaluation et la réalisation des projets. Pour des projets considérés à risque social élevé, cette approche est plus qu’insuffisante, voire même problématique. Qui plus est, elle risque d’entrainer un conflit social et de causer une crise médiatique, De fait, cette dernière doit être une étape d’une démarche participative élaborée et véritable, faisant appel à des mécanismes de consultation plus structurés et efficaces.

consultations sous contrôle

Le principal défi pour une entreprise ou un promoteur est de faire de cette approche, souvent perçue comme strictement informative, un véritable processus d’écoute et une démarche participative plus complète, c’est-à-dire qui soit à la fois consultative et collaborative. À titre de mécanisme participatif, cette approche permet ainsi une contribution plus constructive de la part des participants. À titre d’exemple de contributions, ces derniers pourraient, entre autres, être invités à :

  • Réviser et compléter un diagnostic de situation conflictuelle effectué par l’entreprise et ses experts;
  • Valider l’identification des enjeux et l’évaluation des impacts d’un projet par les experts responsables de l’évaluation d’un projet;
  • Participer à un exercice d’idéation pour améliorer le projet d’un promoteur ou les pratiques environnementales d’une entreprise;
  • Exprimer verbalement ou par écrit leurs commentaires et opinions.

Un aménagement interactif

Divers dispositifs peuvent permettre à cette approche participative de prendre forme, de susciter les échanges et d’aller au-delà de la simple mise en scène des informations. Le dialogue entre les citoyens et l’entreprise doit être favorisé, notamment par l’aménagement de l’espace de façon à inviter à la discussion et favoriser la prise de parole. Il est donc recommandé d’aménager l’espace de rencontres de telle sorte que l’information puisse circuler librement et que les contributions citoyennes puissent être recueillies et consignées.

Un aménagement adéquat pour le succès d’opérations de portes ouvertes peut notamment inclure :

  • Des kiosques d’information thématiques animés par des experts des sujets ou des responsables des projets;
  • Des zones pour la tenue d’ateliers de travail collaboratifs entre experts et participants, idéalement avec une animation créative et une prise de notes par un tiers des résultats;
  • Un espace pour des exposés et des présentations thématiques suivies d’échanges avec les participants en groupes limités;
  • Un espace de travail et des outils pour permettre aux participants d’exprimer par écrit ou en ligne leurs commentaires, opinions, attentes ou recommandations.

Une organisation diligente

Mais il ne suffit pas seulement de prévoir une date, un lieu et de concevoir un aménagement adéquat. Pour atteindre les objectifs d’une consultation de forme portes ouvertes, encore faut-il que l’ensemble des parties prenantes assiste à cette rencontre et qu’un véritable échange participatif et constructif ait lieu. Ainsi, il est nécessaire d’inviter formellement les citoyens, les instances gouvernementales, les partenaires et les médias à prendre part à cette rencontre. Au minimum, pour assurer une bonne participation à l’événement, et ce, au moyen des actions suivantes :

  • Contacter les médias locaux pour présenter le promoteur, son projet et ses intentions quant à la contribution attendue des parties prenantes visées;
  • Inviter avec un délai raisonnable les personnes, les organismes et autres parties prenantes visés par divers moyens tels qu’une communication postale, un message téléphonique, des avis sur les médias sociaux;
  • Aviser par une communication d’information les instances municipales et gouvernementales concernées.

La COOP Fédérée a publié un guide à l’intention de ses membres sur les principales étapes de la préparation, de la tenue et de l’évaluation d’une journée portes ouvertes. Ce guide fait une liste détaillée des activités et des tâches à effectuer pour un bon déroulement de l’événement, incluant l’implication des employés, la collaboration des médias et la satisfaction des participants.

Référence : Guide d’aide au bon voisinage, Outil F, par la COOP Fédérée

Attention aux dérapages

Le processus de portes ouvertes a toutefois certaines limites. Il peut ne pas répondre aux demandes d’information et de participation citoyenne dans certains cas, particulièrement dans les situations conflictuelles ou lorsqu’un mouvement d’opposition est présent.

Des promoteurs dont les projets sont contestés socialement ont dû faire face aux critiques et aux dénonciations sur leur choix de tenir des portes ouvertes pour rencontrer les citoyens inquiets et répondre à leurs remises en question, leurs craintes et à leurs objections. Des participants évoquent les limites du processus, notamment la partialité et les biais des informations transmises par le promoteur, la difficulté d’avoir des réponses complètes et satisfaisantes à leurs questions, l’absence d’experts indépendants pouvant valider les affirmations du promoteur, l’impossibilité de consulter directement les études et les évaluations techniques et environnementales, ainsi que le caractère privé des échanges entre les participants et les représentants du promoteur.

Dans de telles situations de crise sociale et médiatique, d’autres mécanismes de consultation sont plus aptes à rencontrer les attentes de citoyens et de communautés en colère, parce que plus encadrés, plus transparents, plus impartiaux et plus équitables. Ces mécanismes sont par exemple des consultations publiques à la façon des audiences publiques du BAPE, des ateliers d’échanges, des jurys citoyens (consensus informé), des consultations ciblées des parties prenantes concernées. Ces mécanismes ont en commun de faire intervenir un tiers neutre et indépendant qui apporte au processus une crédibilité et une garantie d’impartialité des débats, de rigueur des informations et de respect des règles éthiques de la participation.

Le refus d’un promoteur de répondre aux demandes sociales d’un processus plus ouvert et équilibré de consultation est perçu par plusieurs comme un comportement de résistance à la réelle participation citoyenne. Ce comportement contribue à nourrir l’opposition citoyenne et à aggraver le conflit social sur le projet.

Dans une démarche axée sur la conciliation et l’acceptabilité sociale, Transfert a expérimentée une formule en deux parties combinant des « portes ouvertes » et une « assemblée publique de consultation » dans des dossiers pour lesquels des conflits étaient déjà bien installés. La première partie permet d’échanger directement avec les gens, d’apporter des informations de base, et de réduire les tensions entre le promoteur et les participants. La deuxième partie permet de compléter l’information des participants en répondant aux questions auxquelles ils n’ont pas reçu de réponse satisfaisant en première partie. Elle donne aussi la parole aux participants qui peuvent exprimer leurs préoccupations et énoncer leurs positions sur le projet.