Marc-Olivier Fortin

Directeur Développement de partenariats, co-auteur du Baromètre canadien de l’acceptabilité sociale du secteur minier


Au Québec, à peine un citoyen sur quatre estime que sa communauté a réellement la capacité d’influencer les décisions de l’industrie minière. À partir du 1er décembre 2026, démontrer cette influence ne sera plus une bonne pratique. Ce sera une exigence inscrite dans la nouvelle Procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement (PÉEIE).

Cette tension entre la perception citoyenne et le nouveau cadre réglementaire, c’est exactement le genre d’angle mort que le Baromètre canadien de l’acceptabilité sociale du secteur minier permet de mettre en lumière. Publié en 2025 par Transfert Environnement et Société, en partenariat avec Voconiq, une firme de recherche affiliée au CSIRO australien et reconnue mondialement dans le domaine, c’est la première étude pancanadienne à mesurer scientifiquement, données à l’appui, ce qui construit ou érode la confiance des citoyens envers l’industrie minière. L’enquête s’appuie sur 4 811 questionnaires analysés à travers toutes les provinces canadiennes, avec des sur-échantillons ciblés notamment en régions minières et non minières, afin de permettre des comparaisons rigoureuses.

Sur de nombreuses tribunes ces derniers mois, j’ai présenté ces grands constats. Mais finalement, de quoi parle-t-on? Comment mesure-t-on l’acceptabilité? La confiance?

Au cours des prochaines semaines, j’ai envie de revenir à la base avec vous et de décortiquer, un à un, les facteurs qui influencent la confiance envers l’industrie minière, au Québec comme au Canada. C’est exactement ce que met en évidence le modèle de confiance du Baromètre. Fait important : ce modèle n’est pas identique d’une province à l’autre. Chaque territoire a sa propre « recette » de confiance.

Au Québec, la confiance et l’acceptabilité reposent principalement sur les facteurs suivants :

  • L’influence des communautés;
  • La confiance envers la réglementation;
  • Les coûts et les retombées économiques;
  • La nécessité perçue de nouveaux minéraux qui contribuent à la transition énergétique;
  • Les valeurs personnelles (de façon négative);
  • Les attitudes envers la production aurifère.

À l’échelle canadienne, on retrouve des leviers communs, comme la résilience des communautés, la réglementation et les retombées économiques, mais aussi des facteurs distincts, telle l’équité procédurale. Une nuance que j’explorerai au fil de cette série.

Un facteur central, et un déficit québécois marqué

Au Québec, la perception qu’ont les citoyens de la résilience et de la capacité d’influence de leur communauté est l’un des facteurs les plus prédictifs de la confiance et de l’acceptabilité, avec un coefficient bêta de 0,31 dans notre modèle. C’est aussi un des facteurs où le Québec performe le moins bien au pays.

Quand on demande aux citoyens si les membres de leur communauté sont capables de s’assurer que l’industrie minière fait ce qu’il faut pour le pays, le Québec obtient 2,70 sur une échelle de Likert à 5 points, soit la plus faible note des provinces, sous la moyenne canadienne de 2,85. Le constat se répète quand on resserre la question à la capacité des communautés minières d’influencer l’industrie à faire ce qu’il faut pour les communautés locales : 2,95 au Québec contre 3,10 ailleurs au pays.

Plus révélateur encore : même en région minière québécoise, donc là où on pourrait s’attendre à un sentiment d’influence plus élevé grâce à la proximité avec les opérations, le score tombe à 2,90, sous la moyenne provinciale. Ailleurs au Canada, les régions minières atteignent 3,23.

La proximité avec l’industrie ne suffit pas à générer un sentiment de pouvoir collaborer durablement et positivement avec elle.

La propension des acteurs de l’industrie à adopter une approche participative avec les communautés, c’est-à-dire de se laisser influencer, doit être sentie et visible.

À noter : les répondants des Premières Nations affichent des scores nettement plus élevés (3,25 et 3,37), signe que là où l’influence est structurée par des ententes et des mécanismes de codécision, la confiance suit.

Le règlement arrive précisément là où le bât blesse

Le Baromètre tombe à point. À compter du 1er décembre 2026, la nouvelle Procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement (PÉEIE) transforme en profondeur la manière dont les initiateurs de projet devront documenter le dialogue avec les communautés.

Au cœur de la réforme : un avis d’intention bonifié qui devra inclure les variantes du projet (y compris celles déjà écartées), les enjeux environnementaux et sociaux soulevés ou susceptibles de l’être, ainsi que la proposition de contenu de l’étude d’impact. Le BAPE organisera ensuite une période d’information publique dès ce dépôt, et son compte rendu, listant les préoccupations dont la pertinence justifie qu’elles soient traitées, sera joint à la directive ministérielle transmise à l’initiateur. L’initiateur devra toutefois justifier les enjeux retenus ainsi que ceux écartés dans le cadre de son étude d’impact.

D’une bonne pratique à un livrable réglementaire

Ce que cette réforme introduit, dans les faits, c’est une traçabilité réglementaire de l’influence des communautés. Les communautés ne seront plus consultées en aval d’un projet déjà ficelé. Leur apport sera documenté dans le dossier d’autorisation lui-même.

Pour les entreprises qui veulent aller plus loin que la conformité, l’enjeu se traduira concrètement : qu’est-ce qui a été entendu, qu’est-ce qui a été modifié, qu’est-ce qui ne l’a pas été, et pourquoi? C’est la boucle de rétroaction qui rend l’influence visible et crédible.

Trois leviers pour les promoteurs qui veulent prendre les devants

  1. La boucle de rétroaction documentée. Rendre publiquement compte de l’effet des consultations sur les choix de conception et d’exploitation du projet.
  2. La co-construction des indicateurs de performance. Impliquer les parties prenantes dans la définition des KPI suivis par l’entreprise. Qu’est-ce que la communauté souhaite voir mesurer? Cette approche permet une gestion adaptative bâtie sur des indicateurs explicites et des seuils d’intervention définis, et a un effet direct sur la confiance.
  3. Les tables municipalité-mine. Des mécanismes de dialogue périodiques, dotés d’une légitimité reconnue, pour comprendre les besoins, établir les conditions d’intervention et assurer un suivi transparent de la prise en charge des enjeux.

Un changement de paradigme

Les projets miniers qui ne pourront pas démontrer comment les préoccupations des communautés ont façonné leurs choix se retrouveront fragilisés non seulement socialement, mais désormais administrativement.

Le contrat social devient un dossier réglementaire

Bâtir la confiance, c’est passer d’une logique réactive à une gestion proactive de l’acceptabilité sociale. Dans un monde où l’information circule à grande vitesse, les bons coups peuvent voyager aussi loin que les mauvais. Ces démarches qui semblent chronophages et énergivores sont en réalité une gestion des risques sociaux. Des risques susceptibles, lorsqu’ils sont mal anticipés, de retarder voire de compromettre un projet.

Selon le baromètre, les enjeux sociaux sont plus déterminants que les enjeux environnementaux. L’outil nous permet désormais de les mesurer avec rigueur et d’agir là où l’impact sera le plus grand. Au Québec, l’influence des communautés est le levier prioritaire. À partir du 1er décembre, ce ne sera plus seulement une bonne pratique. Ce sera une exigence du nouveau cadre réglementaire.

 

Marc-Olivier Fortin

Directeur Développement de partenariats

Marc-Olivier Fortin été conseiller principal puis directeur de projets chez Transfert avant de devenir Directeur Développement de partenariats.

Cumulant plus de 10 ans d’expérience, il se démarque comme un leader efficace en relations avec les communautés, relations gouvernementales et développement des affaires. Diplômé en économie de l’Université McGill, et titulaire d’une maîtrise en sciences de la gestion (Stratégie) des HEC Montréal, il est aussi certifié ceinture verte Lean Six Sigma.