Marc-Olivier Fortin

Directeur Développement de partenariats


Début mars, j’étais à Toronto pour le congrès de la Prospectors & Developers Association of Canada (PDAC). Chaque année, j’y retourne avec le même objectif : saisir ce qui se dit en marge : dans les corridors, autour des tables, dans les réceptions. C’est souvent là que l’état réel du secteur se révèle.

Le contexte est connu : transition énergétique, minéraux critiques, reconfigurations géopolitiques. Ce qui l’est moins, c’est la façon dont ces pressions transforment les attentes envers les promoteurs, et ce qu’elles révèlent sur les limites de certaines approches encore dominantes.

À quelque semaine du CIM CONNECT, voici cinq enseignements que je retiens du PDAC 2026.

1. Le dialogue structuré avec les communautés demeure incontournable

Plusieurs discussions ont mis en évidence une réalité que l’industrie connaît depuis longtemps, mais qu’elle peine encore à traduire en pratiques cohérentes : la relation avec les communautés ne peut plus être abordée comme une étape ponctuelle du développement d’un projet.

Les démarches les plus crédibles reposent sur des mécanismes de dialogue structurés, continus et transparents. Les communautés souhaitent comprendre les projets, mais aussi voir leurs préoccupations influencer réellement les décisions.

Dans ce contexte, l’écoute active et l’empathie ne sont plus de simples compétences relationnelles; elles deviennent des éléments stratégiques de la gestion des projets.

Ce changement de registre, de la relation publique à la stratégie de projet, est l’un des signaux les plus importants que j’observe sur le terrain.

2. La dimension socioéconomique doit être intégrée dès la conception des projets

Les discussions au PDAC ont également mis en lumière l’importance d’intégrer les enjeux sociaux et territoriaux dès les premières étapes de la planification des projets.

Cela implique notamment de considérer les impacts socioéconomiques, les attentes des communautés et les dynamiques territoriales, au même titre que les paramètres techniques ou financiers. Or, dans la pratique, les enjeux sociaux arrivent encore trop souvent en fin de processus, quand les grandes décisions sont déjà prises et que la marge de manœuvre réelle est mince. Ce n’est pas un manque de volonté, mais plutôt une question de culture organisationnelle et de structure de projet.

3. La confiance repose sur des institutions crédibles et une gouvernance solide

Un enjeu récurrent ressort : l’écart entre les ambitions politiques en matière de développement responsable et la perception qu’en ont les communautés sur le terrain.

Les résultats du Baromètre de l’acceptabilité sociale du secteur minier au Canada, présentés lors d’un panel auquel j’ai participé, confirment que la confiance au Canada repose sur trois facteurs principaux : la capacité des communautés à influencer les décisions, la crédibilité des cadres réglementaires et la perception d’équité dans les processus.

Autrement dit, l’acceptabilité sociale ne dépend pas uniquement des entreprises. Elle repose aussi sur la qualité des institutions et sur la cohérence des politiques publiques.

Les résultats sont instructifs : l’acceptabilité de l’industrie reste modérée, et l’équité procédurale, soit la perception que le processus est juste, figure parmi les dimensions les plus faibles. Seulement un répondant sur trois estime pouvoir réellement influencer les décisions.

Les échanges ont aussi mis en lumière un élément souvent sousestimé : la crédibilité de la réglementation ne dépend pas seulement de la qualité des règles, mais de leur visibilité. Lorsque l’inspection, le suivi et les mécanismes de correction ne sont pas perceptibles pour les citoyens, même des cadres réglementaires solides peinent à générer de la confiance.

Comme j’aime le rappeler, on peut accélérer les processus, mais on ne peut pas accélérer la confiance.

4. L’influence : le vrai moteur de la confiance

La communication descendante, celle qui informe sans dialoguer, est devenue non seulement insuffisante, mais contre-productive. Mais le problème va plus loin que la forme. La plupart des processus de dialogue sont conçus pour collecter de l’information : on écoute, on note, on remercie. Ce qu’ils ne font pas, ou rarement, c’est démontrer aux gens comment leur contribution a réellement changé quelque chose.

Or c’est précisément ce lien de causalité qui crée la confiance.

Quand une communauté peut voir, concrètement, que sa voix a eu une influence sur une décision, elle commence à faire confiance au processus. C’est cela qui ouvre la voie à une acceptabilité durable.

Dans un environnement où les perceptions circulent vite et où la méfiance s’installe encore plus vite, rendre l’influence visible et traçable est devenu l’un des gestes les plus stratégiques qu’un promoteur puisse poser.

5. Les enjeux géopolitiques redéfinissent les attentes envers les territoires

Enfin, le PDAC 2026 a confirmé l’importance croissante des enjeux géopolitiques dans le développement des ressources naturelles.

La demande pour les minéraux critiques, essentiels à la transition énergétique et aux nouvelles technologies, pousse plusieurs pays à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Dans ce contexte, des territoires riches en ressources comme le Canada sont appelés à jouer un rôle stratégique. Mais cette accélération comporte un piège : la pression géopolitique et économique pousse parfois les gouvernements et les promoteurs à vouloir contourner ou raccourcir les processus d’acceptabilité sociale. C’est précisément là que les projets les plus prometteurs deviennent les plus vulnérables.

La prochaine frontière n’est pas géologique, elle est relationnelle

Ce que j’ai retenu de cette édition du PDAC tient en une idée simple : les projets qui réussiront ne seront pas nécessairement ceux qui ont les meilleures ressources ou les meilleurs financements. Ce seront ceux dont les équipes auront compris que la relation précède l’autorisation.

Depuis plus de 30 ans, chez Transfert, nous aidons (souvent dans des contextes difficiles) des promoteurs, des communautés et des gouvernements à transformer ces enjeux en capacité organisationnelle réelle, pas en processus de conformité, mais en avantage stratégique durable. Pour les organisations impliquées dans le développement de projets miniers ou territoriaux, la vraie question n’est pas de savoir si votre projet obtiendra son autorisation, mais de savoir si vous avez mérité la légitimité de l’opérer.

Téléchargez le Baromètre de l’acceptabilité sociale du secteur minier au Canada pour en savoir plus sur les facteurs qui influencent la confiance envers l’industrie.

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Marc-Olivier Fortin

Directeur Développement de partenariats

Marc-Olivier Fortin été conseiller principal puis directeur de projets chez Transfert avant de devenir Directeur Développement de partenariats.

Cumulant plus de 10 ans d’expérience, il se démarque comme un leader efficace en relations avec les communautés, relations gouvernementales et développement des affaires. Diplômé en économie de l’Université McGill, et titulaire d’une maîtrise en sciences de la gestion (Stratégie) des HEC Montréal, il est aussi certifié ceinture verte Lean Six Sigma.