
Marc-Olivier Fortin
Directeur Développement de partenariats
Ce que la Colombie-Britannique nous apprend sur l’acceptabilité sociale de l’industrie minière
En marge du congrès CIM Connect à Vancouver, Transfert et Voconiq publient les résultats du Baromètre de l’acceptabilité sociale spécifiques à la Colombie-Britannique. Derrière une acceptabilité proche de la moyenne nationale se cache un modèle de confiance distinct, où les valeurs environnementales et la mémoire des catastrophes passées freinent activement la licence sociale d’opérer.
La Colombie-Britannique est au cœur de l’ambition minière canadienne. La province produit ou possède un potentiel reconnu pour 22 des 34 minéraux critiques identifiés par le gouvernement fédéral, abrite certains des gisements de cuivre les plus importants au monde, et son gouvernement a annoncé en 2025 un plan pour accélérer les permis de projets prioritaires. Pour l’industrie, le contexte semble plus favorable que jamais.
Pourtant, les données du Baromètre de l’acceptabilité sociale : secteur minier canadien 2025 rappellent une réalité persistante : on peut accélérer la paperasse. La confiance, elle, se construit autrement.
Une moyenne trompeuse
À première vue, les résultats britanno-colombiens collent à la moyenne nationale. L’acceptabilité de l’activité minière s’établit à 3,46 sur 5, contre 3,48 pour l’ensemble du Canada, un écart statistiquement négligeable.
Mais derrière cette convergence de surface, le modèle de confiance propre à la province révèle une architecture distincte. Deux facteurs, les valeurs personnelles et les impacts environnementaux perçus, y exercent une pression négative sur la confiance. Ce n’est le cas ni dans le modèle canadien ni dans le modèle québécois. C’est là que réside l’originalité, et l’utilité, du portrait britanno-colombien.
Ce qui construit la confiance, et comment elle opère
Trois facteurs contribuent positivement à la confiance.
La résilience et la capacité d’influence des communautés est le levier le plus puissant (coefficient : 0,25). Mais un résultat nuancé mérite attention : les Britanno-Colombiens se sentent moins capables d’agir localement que la moyenne canadienne (3,18 vs 3,23), tout en percevant leur influence comme plus forte à l’échelle nationale (2,83 vs 2,78). C’est le portrait d’une province qui a développé une culture de mobilisation par les tribunaux et les politiques publiques, sans pour autant consolider ses mécanismes de participation locale. L’écart entre régions minières et non minières le confirme : dans les premières, les citoyens estiment davantage pouvoir tenir l’industrie responsable; dans les secondes, ce sentiment s’effrite.
La confiance envers la réglementation arrive en deuxième (0,24). Les scores britanno-colombiens dépassent légèrement la moyenne nationale (3,09 vs 3,03), mais demeurent proches du point neutre. Dans une province où la réforme de la Mineral Tenure Act est en cours et où un nouveau cadre de consultation pour les claims miniers est entré en vigueur en mars 2025, cette confiance relative reste fragile.
L’équité procédurale complète le tableau (0,19). La CB fait systématiquement mieux que la moyenne nationale sur tous les indicateurs, y compris la perception d’avoir davantage d’occasions de participer aux décisions (2,80 vs 2,68). Mais tous les scores restent sous le seuil neutre de 3,0 : la province fait mieux, sans que les attentes soient comblées.
Un détail structurant du modèle mérite d’être souligné. Ces trois facteurs positifs n’atteignent l’acceptabilité qu’à travers la confiance. Les impacts négatifs, eux, la contournent : ils frappent l’acceptabilité directement. En d’autres mots, il est plus facile de perdre l’acceptabilité que de la gagner. La confiance est un long détour; les impacts négatifs sont un raccourci vers le rejet.
Ce qui érode la confiance : valeurs et impacts
C’est ici que le modèle britanno-colombien se distingue vraiment.
Les valeurs personnelles exercent une pression négative sur la confiance (-0,15). Les répondants de la province jugent davantage que les activités minières entrent en conflit avec leurs valeurs et contribuent aux changements climatiques. Ce n’est pas une anomalie. C’est le reflet d’une province dont l’identité collective est profondément liée à ses paysages, à ses forêts et à ses cours d’eau, et où l’environnement est enchâssé dans la géographie autant que dans la politique.
Les impacts négatifs perçus agissent sur deux fronts : ils pèsent sur la confiance (-0,15) et frappent directement l’acceptabilité (-0,18). Les Britanno-Colombiens jugent que l’industrie a des effets négatifs sur l’environnement plus fortement que la moyenne nationale (3,53 vs 3,46).
La mémoire collective n’est pas étrangère à ces résultats. La rupture du bassin de résidus du mont Polley en 2014 (25 millions de mètres cubes de résidus déversés dans le lac Quesnel) reste une référence dans l’imaginaire collectif. Dix ans plus tard, des chercheurs de UBC documentent que les particules toxiques continuent de circuler dans le lac. L’entreprise a demandé l’autorisation d’agrandir le même bassin de résidus. Des accusations fédérales en vertu de la Loi sur les pêches ont été déposées. Quand on se demande d’où vient la perception d’impacts négatifs, la réponse est aussi dans le paysage.
L’or, l’économie et le bon registre
L’un des constats les plus frappants du modèle : la contribution économique globale de l’industrie n’apparaît pas comme un facteur significatif de la confiance ou de l’acceptabilité en CB. Les arguments sur le PIB, les emplois et les exportations ne déplacent pas les curseurs.
Et ce n’est pas parce que les gens nient la valeur économique. Quand on leur demande si les bénéfices de l’industrie sont supérieurs à ses impacts, le score atteint 3,63, au-dessus du point neutre. Les Britanno-Colombiens reconnaissent la contribution de l’industrie. Mais cette reconnaissance ne se convertit ni en confiance ni en acceptabilité. L’argumentaire macroéconomique classique tourne à vide.
Ce qui fonctionne, ce sont les bénéfices personnels et concrets (0,14 sur l’acceptabilité). Les gens veulent savoir ce que eux, leur communauté et leur territoire ont à gagner, pas ce que la province en retire dans son ensemble.
Mais le résultat le plus révélateur est peut-être celui-ci : les attitudes envers l’exploitation aurifère constituent le deuxième plus fort prédicteur direct de l’acceptabilité (0,21), presque à égalité avec la confiance elle-même (0,23). L’or n’est pas classé parmi les minéraux critiques. Il n’entre pas dans le récit de la transition énergétique. Pourtant, la façon dont les gens perçoivent l’industrie aurifère pèse deux fois plus sur l’acceptabilité que la perception de nécessité des minéraux critiques (0,12).
Le message est clair : l’acceptabilité ne se construit pas autour d’un minerai ou d’un discours politique; elle se joue à l’échelle de l’industrie dans son ensemble. Miser uniquement sur le récit des minéraux critiques et stratégiques, aussi porteur soit-il, revient à négliger ce qui façonne réellement les perceptions. Les Britanno-Colombiens ne jugent pas l’industrie projet par projet ou minerai par minerai. Ils jugent une industrie : sa manière d’opérer, ses impacts, sa contribution concrète à leur milieu de vie.
Le paradoxe autochtone
Les répondants en CB perçoivent une influence autochtone plus forte sur les processus d’autorisation que la moyenne nationale (2,94 vs 2,74), reflet de la présence plus affirmée de structures de gouvernance autochtones et des avancées juridiques récentes, notamment la confirmation par la Cour d’appel que la Declaration on the Rights of Indigenous Peoples Act (DRIPA) a force de loi. Le fait que le gouvernement provincial ait lui-même porté cette décision en appel devant la Cour suprême du Canada, tout en annonçant des modifications à la loi, illustre la tension vive qui traverse la province sur cette question.
Pourtant, le soutien à la participation économique des peuples autochtones, c’est-à-dire leur prise de participation dans les projets miniers sur leurs territoires, est légèrement inférieur en CB que dans le reste du Canada (3,50 vs 3,63). La province reconnaît l’influence politique autochtone, mais se montre plus réservée face à la copropriété économique. Cette tension mérite d’être nommée.
Limite méthodologique à souligner : avec un échantillon autochtone de 28 répondants sur 596, ces résultats reflètent les perceptions de ceux qui ont participé, pas nécessairement celles de l’ensemble des Premières Nations de la province.
La voie de passage
Le modèle pointe vers trois chantiers prioritaires.
D’abord, renforcer la capacité d’influence locale des communautés. Pas plus de consultation, mais une meilleure consultation : clarifier dès le départ ce qui peut être influencé, et fermer la boucle en communiquant ce qui a changé, ce qui n’a pas changé, et pourquoi.
Ensuite, consolider la confiance dans le cadre réglementaire, non pas en réclamant plus de règles, mais en démontrant que celles qui existent sont respectées et que les mécanismes de surveillance fonctionnent.
Enfin, ancrer le discours dans les retombées locales et concrètes. Dans une province où l’argument économique global ne génère pas de confiance, la démonstration de la valeur doit devenir plus fine, plus territoriale, plus personnelle.
La Colombie-Britannique est en train d’accélérer. La confiance, elle, n’a pas de raccourci. Et le modèle nous rappelle une asymétrie fondamentale : il est plus long de bâtir la confiance que de perdre l’acceptabilité.
Le sommaire provincial de la Colombie-Britannique est disponible sur transfertconsult.ca/barometre. Cette étude est réalisée par Transfert Environnement et Société et Voconiq à partir d’un sondage national mené auprès de 4 811 Canadiens (août–septembre 2025 ; sous-échantillon CB : n = 596).
À propos de Voconiq
Voconiq est un leader mondial en science de l’engagement, aidant les organisations à mesurer et à gérer la confiance grâce à son approche d’Enterprise Social Performance. Fondée par l’agence scientifique nationale de l’Australie, la CSIRO, Voconiq combine les sciences sociales et des analyses avancées pour fournir des insights fondés sur des données probantes, renforçant ainsi les relations avec les communautés, les clients et les employés. Ses activités couvrent des secteurs tels que les mines, l’énergie, l’agriculture et les infrastructures.
Marc-Olivier Fortin
Directeur Développement de partenariats
Marc-Olivier Fortin été conseiller principal puis directeur de projets chez Transfert avant de devenir Directeur Développement de partenariats.
Cumulant plus de 10 ans d’expérience, il se démarque comme un leader efficace en relations avec les communautés, relations gouvernementales et développement des affaires. Diplômé en économie de l’Université McGill, et titulaire d’une maîtrise en sciences de la gestion (Stratégie) des HEC Montréal, il est aussi certifié ceinture verte Lean Six Sigma.